LE SECOURS EN MONTAGNE
INTRODUCTION
La mission du secours en montagne se situant dans un milieu hostile, elle est souvent complexe dans sa réalisation, potentiellement dangereuse et évolutive. Elle ne s'improvise donc pas et doit faire l'objet d'une prise en compte opérationnelle minutieuse.
Pour être réellement efficace, la structure prenant en charge la mission doit respecter certains principes quant à l'organisation et à la gestion des opérations de secours et mettre en oeuvre des moyens matériels et humains bien déterminés.
Organisation des secours
L'organisation des opérations de secours passe par la réalisation préalable de deux types de documents opérationnels:
_Un plan de secours spécialisé: Ce document définit la place et le rôle des différents intervenants qu'ils soient publics ou privés, professionnels ou bénévoles dans le cadre des opérations de secours en montagne. Il arrête les procédures à mettre en oeuvre selon le type d'opération considérée et coordonne l'emploi des moyens disponibles au sein de la chaîne de secours.
_Un plan d'intervention: Propre à l'unité en charge directe des secours sur le terrain, ce document a vocation opérationnelle immédiate opère un recensement préalable de l'ensemble des moyens matériels et humains susceptibles d'être engagés en fonction du type d'intervention considérée ( secours en avalanche, recherche de personne disparue, secours en crevasse,...). Véritable aide au commandement des opération de secours, formalisé le plus souvent sous forme de fiches d'intervention, il permet un engagement progressif et rationnel des moyens disponibles selon un schéma et des procédures définies à l'avance.
Gestion des secours
La gestion des opérations de secours comprends deux temps forts:
_La réception de l'alerte: elle peut adopter des formes diverses mais revêt toujours une importance cruciale pour le bon déroulement des opérations de secours. La réception et la gestion de l'alerte doivent de préférence être confiées à la structure chargée de l'intervention sur le terrain. Particulièrement en montagne, zone difficile d'accès par excellence, elle nécessite des moyens de veille adapté et impose une parfaite connaissance des lieux.
_La régulation des secours: cette régulation peut utilement être confiée à une cellule de commandement qui a en charge le déclenchement et la mise en oeuvre des opérations de secours à partir de la vallée. En liaison constante avec les équipes engagées sur le terrain, cette cellule joue un rôle essentiel de coordination et agit comme un prestataire de moyens ( logistiques, relèves, montée en puissance, opérations simultanées.
Les moyens humains: des professionnels spécialisés
Pour être performante, une structure de secours en montagne doit être constituée de professionnels spécialisés dans leur domaine d'intervention. A ce titre, la formation et l'entrainement des personnels déterminent leur compétence réelle en opération. Ils doivent donc faire l'objet d'une attention particulière à travers la recherche permanente de l'homogénéité et de la cohésion du groupe.
LA FORMATION
La formation des personnels revêt une importance capitale et intervient à tous les niveaux du processus opérationnel. elle conditionne au départ la valeur réelle des équipes de secours et leur capacité à intervenir efficacement sur le terrain en situation de crise.
Il s'agit d'abord de former des professionnels de la montagne capables d'évoluer en sécurité sur tout type de terrain puis de les spécialiser dans leur mission première de secours et assistance aux personnes dans l'environnement particulier de la haute montagne.
Il est indispensable dans ce cadre de rechercher l'homogénéité des niveaux de formation des personnels pour éviter tout risque de nivellement vers le bas des aptitudes opérationnelles du groupe.
L'ENTRAÎNEMENT
Elles sont le garant de l'efficacité et de la sécurité des opérations de secours. Elles sont réalisées collectivement ou
individuellement. Elles sont toujours doublées d'une autre mission (de surveillance générale notamment).
~ Collectif : instructions secours organisées pendant les périodes de moindre activité. Elles sont faites sous forme d'exercices (thème: secours en paroi, en crevasse, avalanche,...) et préparent l'ensemble des personnels aux missions de la saison à venir.
En matière de secourisme, les recyclages CFAPSE réglementaires sont insuffisants et sont complétés par d'autres exercices mensuels en fonction des disponibilités des uns et des autres. Un suivi est assuré par les moniteurs de secourisme de l'unité.
~ Individuel: En cordée, les personnels réalisent des ascensions dans différents points du massif. Ainsi, ils se préparent au diplôme du Brevet d'État de Guide de Haute Montagne, Ils entretiennent leur niveau physique et technique, ils augmentent leur connaissance du territoire.
En parcourant la Haute Montagne régulièrement, ils sont à même de renseigner ou de conseiller les alpinistes sur les conditions et les difficultés rencontrées dans certaines courses. La pratique de ce milieu, parfois hostile, augmente leur capacité de réaction.
LES DOMAINES DE COMPÉTENCE
Il apparaît cohérent que les personnels réunissent trois types de compétences:
Compétence techniques: professionnalisation et spécialisation permettent la mise en place d'équipes de secours rompues aux techniques de l'alpinismes et capables d'évoluer en sécurité en toute circonstances.
Compétence secours: la mise en oeuvre des techniques de secours appropriées en fonction de type d'accident à traiter permet de soustraire la victime du milieu hostile dans lequel elle se trouve dans les meilleurs délais et sans aggravation des lésions.
Compétence judiciaire: si l'aspect judiciaire n'est pas directement lié au secours proprement dit, sa prise en compte concomitante à l'opération de secours permet de mieux connaitre les circonstances précises de l'accident et de déterminer ainsi les éventuelles responsabilités
Étant donné la particularité des zones montagneuses ( éloignement, difficulté d'accès, altitude), il apparaît intéressant de confier la responsabilité des opérations de secours à des unités de police au sens large compétentes territorialement pour tout ce qui trait à la sécurité publique.
L'ASPECT MEDICAL
L'inclusion du médecin dans l'équipe de secours présente un intérêt non négligeable en terme d'efficacité. La présence du praticien en haute montagne permet en effet une prise en charge rapide et complète de la victime sur les lieux même de l'accident et augmente considérablement ses chances de survie.
Intégré à une équipe de professionnels confirmés, le médecin doit cependant être en mesure d'exercer son art dans le milieu hostile de la haute montagne sans remettre en cause la sécurité de l'ensemble du groupe. Rompu aux techniques particulières de la médecine d'urgence, il doit aussi être capable d'évoluer en autonomie et donc de maîtriser les techniques de bases de l'alpinisme.
LES MOYENS MATERIELS : TECHNICITÉ ET SIMPLICITÉ
Le matériel utilisé en opération de secours joue souvent un rôle décisif en terme de réussite ou d'échec. Très technique, voire spécifique, il doit proposer une réponse à chaque type d'intervention. Employé dans des conditions extrêmes, il doit allier fiabilité et simplicité d'utilisation. Les équipes de secours doivent en avoir une parfaite connaissance pour être réellement performante.
Des moyens matériels spécialisé: Les matériels employés en secours doivent être parfaitement adaptés à la mission. De type individuel, ils permettent la progression des secouristes en sécurité (cordes, matériel technique de rocher ou glace). De type collectif, ils permettent d'extraire la victime de la situation inconfortable ou elle se trouve (treuil de paroi, trépied...) et de la prendre en charge médicalement ( attelle, matériel de réanimation,) et de l'évacuer sur la vallée (matelas coquille, civière helitreuillable..).
La composante aérienne: L'hélicoptère occupe désormais une place prépondérante en montagne puisqu'il intervient dans plus de 90% des opérations de secours. Performant et sûre, il permet de gagner des délais importants en intervention (treuillage en paroi, recherche aérienne sur avalanche, acheminement des secouristes au plus près, évacuation) et autorise le traitement de plusieurs opérations simultanées. Il n'en présente pas moins d'importantes limites d'emploi ( mauvais temps, vol de nuit, altitude ) et fait obligation de disposer d'équipages ( pilote, mécanicien) parfaitement aguerris au vol en montagne et ayant une bonne connaissance de leur secteur d'intervention.
La couverture radio: Une structure de secours doit disposer d'un réseau radio dédié à l'alerte qui soit fiable et accessible à l'ensemble des pratiquant. Permettant un contact permanent avec les professionnels de la montagne (gardiens de refuge, guides, AMM, militaires), sa structure (base, relais, balises) et la gamme de fréquence utilisée (150 Mhz) doivent permettre une veille systématique dans le temps 24h/24h 365/an et l'espace ( absence de zone d'ombre). A côté de ce réseau d'alerte, il peut être utile pour l'unité de secours en montagne de disposer d'un réseau de travail distinct dédié exclusivement aux communications internes ou opérationnelles entre la base, les équipes de secours et le vecteur aérien. L'utilisation de ce double réseau alerte/travail débouche sur une meilleure veille et des communications plus sûres en opération.